L’idée de l’objet

Mercredi 3 mars 2010 npasquet Publié dans La Tribune des Experts | 2 commentaires »

Lors des dernières décennies, les entreprises ont vendu de la consommation jusqu’au servage. Elles ont acheté de la croissance pour notre bien-être individuel jusqu’à l’excès. Elles ont assuré le développement de la société jusqu’à la tyrannie. Elles ont créé des marques qui véhiculaient avec plus ou moins de conviction des promesses, des valeurs, des histoires. Dans tous les secteurs de l’économie, il y a aujourd’hui pléthore de marques interchangeables, de produits sans fondement utilitaire et/ou émotionnel, des produits de plus qui relèvent davantage de l’agitation marketing que d’une pensée innovante. Nous ne sommes pas tout à fait au bout de ce système, il y a encore ici et là des poches de résistance, des maniaques de l’extension de gammes, des ignorants de la « consumer value », des acrobates de l’innovation de façade qui habille plus qu’elle ne recouvre une nouvelle attitude à bonifier l’existant. Ou à le changer par petites touches sensibles et pertinentes. 

 

L’innovation, tellement galvaudée par les opportunistes de l’économie casino, implique de la nouveauté, de la création, un esprit d’ouverture ; l’invention aussi, avec un petit plus, le goût de l’utopie. Aujourd’hui et demain, il s’agit/s’agira moins d’inventer un autre monde que « d’innover le réel ». Un réel qui n’est pas parfait, (le sera-t-il jamais ?), il n’est pas non plus en voie d’achèvement, malgré l’impression que nous sommes arrivés au bout de quelque chose, qu’il faudrait une rupture. Je n’y crois pas. La poussée technologique qui nous propulse dans l’univers de l’ubiquité poursuit sa route : l’humanité WiFi pendue par les ondes n’a pas achevé la dématérialisation en marche et l’attraction pour la connexion omnipotente. Idem pour la science qui s’évapore dans les tréfonds de la biotechnologie et de la nanotechnologie pour moins peser sur nos vies dont nous ne voulons pas qu’elles trébuchent.

Les objets qui encombrent notre quotidien devraient « disparaître » au profit du geste, de l’attitude, du mouvement, de la suggestion, de la pensée. « L’idée de l’avenir, grosse d’une infinité de possibles, est plus féconde que l’avenir lui-même ». Pour paraphraser Bergson, l’idée de l’objet est plus féconde que l’objet lui-même.

 

Les innovateurs de demain devraient repenser la fonction qui suggère l’action par une ergonomie intuitive. Apple l’a bien compris avec ces matériels qui prolongent l’usage par une gestuelle facilitatrice et un design fluide qui ne cherchent pas à asservir son utilisateur à une technologie envahissante. La firme de Cupertino n’invente rien (le Mp3, le smartphone, la tablette… ont été imaginés par d’autres), elle innove sur l’idée de l’objet, sur le potentiel de ses fonctions.

Le constructeur automobile Peugeot amorce aussi un concept d’innovation dématérialisée sur son secteur en suggérant l’idée que demain il ne produirait peut-être plus de véhicules : l’idée de l’automobilité plutôt que l’automobile. Sa nouvelle signature « Motion & Emotion » le suggère déjà : émouvoir, c’est mettre en mouvement, créer un changement dans la façon de vivre sa relation avec l’autre. Pour croire en cet espoir, la création de son service Mu by Peugeot propose de vendre un capital mobilité qui se compose de location de vélo, scooter, automobile… : le mouvement sans la contrainte du moyen de transport.

L’innovation dématérialisée ne doit pas naître du manque supposé d’un objet dont nous aurions besoin (impérativement !), mais de l’éloquence d’un usage exprimé ou non. Il ne s’agit pas d’inventer un monde décroissant comme certains le proclament, mais « d’innover un monde » qui s’effleure d’un geste de la main pour durer sans user.

Dominique Cuvillier

http://lecaptologue.over-blog.com
http://www.trendmark.fr
http://www.cuvillierconsultant.com
http://empreintes-leblog.com/

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Innover sans limites?

Lundi 8 février 2010 npasquet Publié dans La Tribune des Experts | Aucun commentaire »

La transposition d’un concept innovant dans le monde tangible connaît-elle des limites?
La perspective d’un monde tangible modifié devrait-elle orienter nos choix en matière d’innovation?

La gravité a façonné tous les éléments qui constituent notre environnement. Notre morphologie et notre posture ont évolué dans son cadre, et lorsque nous matérialisons un dispositif, nos choix de conception sont naturellement contraints par cette force omniprésente.

Nous avons tous expérimenté la fluidité de l’eau; elle nous est familière et nous en acceptons le caractère immuable: sans obstacle, l’eau s’écoule. Un verre, un arrosoir ou une citerne, les contenants destinés à retenir un liquide soumis à la gravité terrestre obéissent à la nécessité de lui opposer une résistance. Les Danaïdes en font l’amère expérience.

Il en va de même lorsque nous définissons les aspects palpables d’une innovation: nous n’avons d’autre choix que de le faire dans le cadre des principes physiques qui régissent notre monde. Les ignorer serait absurde, la sanction immédiate.

Nous innovons depuis toujours dans un cadre régit par des principes qui établissent des limites  implicites et tangibles. Les sciences nous permettent de les comprendre et d’en tirer parti; mieux nous intégrons ces réalités, plus nous sommes capables d’en envisager les opportunités.

Aujourd’hui, ces mêmes sciences indiquent que nous sommes en train de modifier le milieu qui nous a engendré. Elles envisagent le fait qu’il existe une limite au delà de laquelle le climat devient imprévisible. Elles mesurent le caractère fini et fragile du biotope et de la biosphère dont notre espèce dépend.

Ces alertes devraient modifier notre manière d’envisager le monde. Elles devraient remettre en question les orientations qui nous précipitent vers ces limites. Pourtant nous qualifions toujours de pertinentes des propositions qui les nient. Nous continuons à évaluer l’innovation suivant des critères obsolètes qui n’en considèrent que la pertinence immédiate et tangible. Nous persistons à  remplir un tonneau percé.

Si l’innovation met en péril notre milieu, alors notre notion de pertinence doit évoluer rapidement pour intégrer cette réalité. Définissons de nouveaux principes, créons les conditions de nouvelles opportunités. Pour que l’innovation demeure une activité qui étend durablement le champ de nos possibilités, nous devons la contraindre explicitement dans un cadre qui garantit les conditions de la prospérité de notre espèce et sa capacité à innover encore.

Enrichissons de cette contrainte nos processus d’innovation pour en faire un principe à part entière. Innovons dans un cadre où une proposition est pertinente si elle préserve le milieu qui nous est familier et si elle contribue à éloigner la perspective d’un climat déstabilisé, qui nous dominerait bien plus brutalement que la gravité.

David L’Hôte
Designer, Chargé de mission développement durable.
Strate Collège Designers

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Des signaux faibles pour mieux lire notre avenir

Jeudi 31 décembre 2009 npasquet Publié dans La Tribune des Experts | Aucun commentaire »

 

 

Signal faible 1 : la rupture dans la distribution.

Les experts  d’Euler Hermes ont fourni des chiffres montrant que l’ « investissement dans la baisse des prix » de la grande distribution signifie très clairement une baisse du résultat d’exploitation (1.5% pour les supermarchés, 0.6% pour les hypermarchés). Avec une consommation en volume qui stagne et des prix qui baissent, 2010 s’annonce pire si le chômage croît… et ce sera le cas. La réponse est dans la baisse des surfaces, la baisse des stocks, les ajustements des assortiments.

Comme dans un silence poli, une information a été mise en sourdine. Selon TNS Worldpanel sur la période du 5 octobre au 1er novembre, Intermarché a pour la première fois dépassé Carrefour en valeur en % : 13.1% (+0.3%) contre 12.8% (-0.3%). En revanche, Carrefour + Carrefour Market progresse de 0.1% à 23.9%. Leclerc est à 16.9%, +0.8% sur la période. Les grands hyper (Auchan -0.3%, Géant Casino -0.3%) sont en baisse. Cora est étal.

La refonte de la distribution est en cours.

 

Signal faible 2 : la rupture dans la distribution @.

Vu l’échec évident du passage du « tout sous le même toit » au « tout sous le même clic » car le dernier km fait perdre le peu de marge de la distribution. La distribution se lance dans le « drive ». Le principe est simple : le client commande en ligne et il passe en voiture à un dépôt où son coffre est chargé de sa commande. Le dernier km est donc pris en charge par le client.

Or on le voit plus loin, le consommateur achète de plus en plus de produits alimentaires élaborés, donc des produits industriels, donc des marques ou des MDD. Et @ est un comportement d’achat rationnel, peu affectif, où les pure players ont leur place.

De là à imaginer que de nouveaux acteurs entrent sur le marché … j’en suis convaincu.

 

Signal faible 3 : la rupture dans le livre et la presse : A Noël 2010, les e-book cacheront le sapin.

En 2009, il pourrait se vendre aux Etats-Unis 3 millions de e-book. Le Kindle d’Amazon représente 60% des ventes. Il pèse sur les résultats de Barnes & Noble qui prépare le Nook. Le Kindle accélère les ventes et les résultats d’Amazon. Wal-Mart (405 Md$ CA dont 16 par @) est en concurrence directe avec Amazon (20Md$ par @). Pour le Black Friday (le vendredi qui suit Thanksgiving) Amazon a été vainqueur avec +24%. Tout ce qui est édition papier aux Etats-Unis (livre et presse en particulier) se remet en cause dans un délai extrêmement court.

Le retard dans la numérisation des livres en langue française ne fait que retarder puis précipiter la transformation de la distribution des éditions papier.

Je suis convaincu que le e-book aura le succès du GPS avec comme ce dernier, sa diffusion sur de multiples appareils.

 

Signal faible 4 : la rupture dans le logement.

Le logement est le premier budget des ménages. Avec un manque d’environ 1 à 2 millions de logements en France, la solution tient entre deux extrêmes.1 La France bâtit 800 000 logements par an et en quelques années dégage du pouvoir d’achat en plus de la baisse du prix des logements tout en développant de l’emploi. 2 la France développe l’habitat partagé (colloque en novembre à Lyon) qui solutionne momentanément la difficulté de logement, les revenus en baisse, l’isolement. Encore dans les années 70, 1/5 des logements étaient partagés.

La solution 1 s’impose pour recréer du pouvoir d’achat.

 

Signal faible 5 : la rupture confirmée dans le marketing : le marketing partagé est de la cocréation.

En octobre, j’émettais l’hypothèse que nous étions entrés dans les Trente vertueuses, sous le marketing partagé faisant suite à un marketing de précision lui-même ayant suivi le marketing de masse. En novembre s’est tenue la première édition du Personal Democracy Forum Europe à Barcelone. Ce forum a confirmé que l’on passe d’une culture de la consommation à une culture de la cocréation. La transparence, la collaboration et l’engagement sont les trois principaux indicateurs de la démocratie.

Reste que c’est le créateur qui tient le crayon.

 

Signal faible 6 : la rupture avec l’usine du XIXème siècle.

Les surcapacités industrielles sont un fait depuis plusieurs années. Elles sont inévitables pour deux types de produits : l’industrie lourde, l’industrie quantitative. Le vieux monde doit inventer une nouvelle industrie qui soit non polluante, à la demande, et résolve la pression concurrentielle sur les salaires.

Il faut imaginer des micro-usines automatisées.

 

Signal faible 7 : la rupture de la ville : les shrinking cities - les “villes rétrécies”

En France, 13 villes ou agglomérations et 27 écoquartiers sont retenus comme grands projets d’innovation architecturale, sociale, et énergétique. il s’agit de pousser les villes à se densifier, à lutter contre l’étalement urbain, tout en créant des espaces verts et en réalisant des transports en commun permettant d’éviter les déplacements en voiture en se dotant d’instruments d’analyses, pour renforcer l’évaluation environnementale des documents d’urbanisme, imaginer des indicateurs de consommation de l’espace, imaginer une méthode de « bilan carbone » des projets, ne pas favoriser l’étalement urbain par une fiscalité désavantageuse pour la ville dense sans oublier de former les architectes et les urbanistes.

En Grande-Bretagne, sur Wheeler Place, au cœur de Newcastle, un compteur géant affiche en temps réel la consommation électrique et les émissions de carbone des 140 000 habitants, en une quinzaine d’années, sa consommation d’énergie a chuté de près de 40 % !

Aux Etats-Unis, plus de la moitié des produits alimentaires consommés par les habitants de San Francisco sont cultivés dans un rayon de 50 kilomètres autour de la ville, contre presque rien il y a dix ans.

La révolution de la ville est inexorablement en marche.

 

Signal faible 8 : la hausse des matières premières est inexorable.

Les matières premières sont à nouveau en hausse : le terres rares sont de plus en plus recherchées (pour les lampes fluorescentes, écrans plats, éoliennes, véhicules hybrides, systèmes de dépollution automobile, disques durs, etc.), le caoutchouc a été multiplié par 2.6 en 10 mois, le pétrole était à 35$ le baril début 2009 et plus de 75$ ces derniers jours, la poudre de lait est à +60% sur février 2009 et le beurre à +100% sur mars vers les sommets de 2008. D’ailleurs, selon l’Inra (rapport de novembre), la France pourrait consommer du coq gaulois originaire du Brésil et moins cher d’ici quelques années.

Je suis convaincu que 2009 aura été une parenthèse de baisse des prix amplifiée par des récoltes heureuses. L’alimentation sera plus chère.

 

Signal faible 9 : la baisse de consommation de produits frais ou bruts est inexorable.

La consommation de produits frais et bruts est en chute.

En volume de produits alimentaires traités à Rungis, 2008 vs 2007, les tonnages baissent en produits bruts (fruits -5.6%, légumes -0.9%, produits carnés -2.1%, marée -0.8%) et pas en traiteur (+10%). Mais les fruits et légumes sont à + 4.7% CA du fait des produits préparés.

Par ailleurs (étude Agreste de novembre), sauf la volaille et dans une moindre mesure le porc, les Français consomment moins de viandes ovines et chevalines, respectivement - 6 et - 12 % en deux ans et moins de viande bovine - 2,8 % par rapport à 2007. La consommation s’oriente vers les produits préparés. Les ventes de surgelés de viande de boucherie ont augmenté de 2,9 % par rapport à 2008, sur les 8 premiers mois de l’année. Les surgelés de volaille sont à 7,4 %.

 

Signal faible 10 : rupture encore : les pauvres apprennent aux riches, ou tout au moins donnent des idées

1er exemple : La société suédoise VNL a mis au point des antennes relais GSM peu énergétivores et alimentées via un système de panneaux solaires dont l’intérêt est de donner accès à la téléphonie mobile aux ruraux. Ce système imaginé pour des pays n’ayant pas d’énergie peut s’appliquer dans des « zones blanches » et répondre à des installations de sécurité en cas de panne d’électricité.

2nd exemple : L’Afrique du sud n’a plus assez de capacité de génération d’électricité. Pour permettre au pays de poursuivre sa croissance des systèmes de “smart metering” pour éviter toute coupure, les “smart metering” réduiront la consommation de certains appareils chez les individus qui ont donné leur accord.

Autre exemple comme la Danette dans une barquette de 500gr.

 

Signal faible 11 : pour les Français la santé est sans coût

Curieux. Une étude Jalma (25 novembre) souligne qu’en 8 ans, le poids des dépenses de santé dans le budget des familles a augmenté de 40 % à 50 % en moyenne de sorte que la santé pèse pour 11 % du budget, contre 7 % en 2001. Selon LH2, seuls 4% des Français s’inquiètent du coût de leurs médecins tout en répondant à diverses questions sur leur opinion sur le budget santé et le financement. Sur aucune étude ils ne mentionnent la hausse du poids des dépenses de santé.

Les Français ne connaissent rien à leurs dépenses de santé mais ont des opinions. Cela laisse songeur sur le sérieux du questionnement …

 

Signal faible 12 : les opportunités de la crise

Ø  Apple gagne plus d’argent dans la téléphonie mobile avec 7,4 millions d’iPhone que Nokia en branche mobile avec 108,5 millions de ses téléphones.

Ø  Le taïwanais Acer passe à la 2ème place au classement des plus gros fabricants mondiaux d’ordinateurs (premier en Europe de l’Ouest) devant le texan Dell en 2009, inconnu en 2000 du grand public.

Ø  Premier Forum du télétravail à Murat, au cœur du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne. Murat est une ville charmante … pourquoi le télétravail reste-t-il un gadget en France ?

 

Signal faible 13 : des idées du mois

Ø  Tomra, la borne qui paie les déchets chez Auchan.

Ø  McDo met son logo sur fond vert bouteille au lieu de rouge, cela fait plus écolo.

Ø  « Call of Duty : Modern Warfare 2 » a rapporté 550 millions de dollars à son éditeur, Activision Blizzard (filiale de Vivendi), après à peine cinq jours de commercialisation. Le jeu guerrier d’Activision Blizzard fait mieux en cinq jours que le film « Harry Potter et le Prince de sang-mêlé » ou encore que le dernier film de Batman.

 

 

(1) Un signal faible est une information (sociétale, démographique, technologique, environnementale, économique, psychologique) encore rare qui aura une incidence majeure pour l’avenir de l’entreprise et des territoires.

Les sources sont disponibles sur simple demande.

 

 

La lettre des signaux faibles est rédigée par Philippe Cahen

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Il faut jeter les vieux livres de marketing

Jeudi 31 décembre 2009 npasquet Publié dans La Tribune des Experts | 1 commentaire »

Les Trente Glorieuses ont leur nom connu et approuvé. Les Trente Chahutées pourraient couvrir 1975-2005 : une époque de chahut, de doute et de contraste avec la Chute du Mur de Berlin, la fin de l’Histoire et le 11 Septembre, avec l’envol de la Chine (d’un monde bipolaire à un monde multipolaire puis retour à un monde bipolaire), avec l’explosion d’Internet, de l’informatique et du téléphone portable, avec la fin de la faim dans le monde mais avec la conscience de la fin du monde possible pour les humains, etc.

Et l’on souhaiterait que les trente années qui viennent soient les Trente Vertueuses. Hubert Reeves pose depuis plusieurs années la question « l’intelligence [de l’Homme] est-elle un cadeau empoisonné ? ». J’aimerais que non, et que les trente années à venir sauvent ET les espèces (il en disparaîtrait une par mois) ET les humains (il n’y a qu’une espèce).

Après les années de découverte de la richesse, les années de jouissance de cette richesse, voici les années de … retour sur terre ?

 

Le basculement du marketing.

Ça y est donc, après le marketing de masse des Trente Glorieuses, le marketing personnalisé des Trente Chahutées, voila le marketing partagé des Trente Vertueuses.

L’affaire est simple : le premier marketing était un marketing de marteau : plus on frappe, plus on récolte. Le second marketing était un marketing de bistouri : plus on cible, plus on récolte. Le troisième marketing est un partage entre l’entreprise et le consommateur : respect, réciprocité, confiance.

Aujourd’hui, le marketing s’imagine à double sens : de l’émetteur vers le récepteur et du récepteur vers l’émetteur. Donc il n’y a plus ni d’émetteur, ni de récepteur. La communication se réinvente. La création se réinvente.

Reste que l’industriel tient le « crayon » et que le consommateur n’a aucune imagination.

Un marketing partagé délicat, donc : savoir écouter, faire parler, mais savoir décider.

 

Philippe Cahen

Conseil en prospective

Auteur de « La Lettre des Signaux Faibles »

 

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Pourvu que Christine la garde pas sous le coude !

Samedi 28 novembre 2009 npasquet Publié dans La Tribune des Experts | Aucun commentaire »

L’étude remise à Christine Lagarde, réalisée par Pascal Morand directeur général de L ‘ESCP Europe et Delphine Manceau, professeur à l’ESCP Europe, et consacrée à “une vision élargie de l’innovation”  est à lire !

Non seulement, elle met en valeur une innovation alternative à la toute-puissante innovation technologique, mais plus encore, elle prône pour une vision élargie de l’innovation dans laquelle les solutions « low tech » sont toutes aussi importantes que ses consoeurs « high tech »…

A ce titre, les marchés (c’est-à-dire vous et moi) en sont les premiers indicateurs. L’étude donne des chiffres tout à fait parlants : Selon l’OCDE (et son rapport perspective de l’OCDE 2008), 50,98% des innovations arrivant sur le marché n’intègrent aucune dimension technologique, et relèvent de l’usage ou des modèles d’affaires ! Le décalage entre ce qui est dit sur l’innovation, et ce qui est réellement vécu comme innovant est donc important. Cet écart est encore plus important chez nous (en France) ! En poursuivant l’étude, on s’aperçoit que nous sommes les plus mauvais élèves d’Europe sur le sujet de l’innovation non technologique ! Seulement 23 % des entreprises Françaises réalisent des innovations non technologiques contre 47% en Allemagne et 60% au Japon ! Oui, vous avez bien lu. C’est au pays de l’innovation technologique que le pourcentage d’innovations non technologiques est le plus fort !!!

Cette étude a beaucoup de mérite car, non seulement elle pose la question de l’innovation en dehors des champs de la technologie, elle démontre que les alternatives créatrices de richesse existent. La créativité et les usages ont la part belle dans cette alternative. C’est d’ailleurs le premier point de la synthèse de l’étude :

« L’innovation revêt des formes multiples. Elle porte à la fois sur l’offre, sur les processus et sur les modèles économiques. L’innovation d’usage joue un rôle essentiel, dont il ne faut pas sous-estimer l’impacte économique. Même pour les innovations technologiques, une analyse des usages constitue un facteur essentiel pour stimuler leur adoption et leur utilisation, seules génératrices de revenus. »

Pour compléter cette entrée en matière, la progression dans l’étude nous donne une nouvelle grille d’évaluation de l’innovation. Certains constituent de véritables critères de réussite que l’entreprise doit intégrer dès le questionnement… C’est plus qu’une étude ou un rapport, mais bien manifeste pour faire évoluer la vision et la pratique de l’innovation en France. Vous comprenez maintenant le choix de mon titre :

Pourvu que Christine ne la garde pas sous le coude !

 

Bonne lecture :

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/094000205/0000.pdf

 

Stéphane Gauthier

Directeur Conseil

Plan créatif User First

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Le comité d’experts de l’Innovation, un think tank au service de l’innovation

Samedi 24 octobre 2009 npasquet Publié dans La Tribune des Experts | Aucun commentaire »

S’inscrivant dans la lignée du programme CPI (Création d’un Produit Innovant), et préfigurant la création d’un Observatoire de l’Innovation, le comité d’experts de l’innovation a vu le jour en janvier 2009. Quelle est sa mission ? Quels sont ses objectifs ? Quelle posture entend-il revêtir ? Nicolas Pasquet, fondateur et responsable dudit comité, s’exprime sur ces différents points.

Qu’est-ce qu’un comité d’experts de l’innovation ?

Il faut entendre par comité d’experts de l’innovation, un collège de personnalités, issues du monde de l’entreprise, mais également de la sphère académique, qui de par leur grande connaissance des arcanes de l’innovation, se réunissent périodiquement  pour co-construire une vision originale et actuelle de ce que sous-entend l’innovation. 
Beaucoup d’écrits sur l’innovation existent. Encore plus importants sont les emplois du mot innovation. Difficile, dans cette foire aux mots, de s’y repérer. Pour autant, le programme CPI est porteur d’un message fort sur l’innovation. Le comité d’experts amplifie ce message, et espère lui donner plus d’épaisseur, de lisibilité et de résonance. C’est aussi pour cette raison, que nous avons bâti un comité transdisciplinaire. Y siègent des experts de disciplines et d’intérêts très divers : le management, le marketing, le droit, la sociologie, le design, les tendances, la prospective, sont représentés.

Autant de perspectives qui nous permettent d’observer et de discuter l’ « objet » innovation en adoptant des angles de vue différents. La richesse et l’entrecroisement fertilisant des regards étaient un impératif. Car l’innovation est empreinte de multiples dimensions enchevêtrées que nous ne devons pas omettre. Penser système. Appréhender la complexité. Donner du sens. Cette volonté se rapproche de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le Design Thinking.

Quelles sont ses ambitions et missions ?

L’ambition du comité d’experts de l’innovation est résolument de contribuer à enrichir les connaissances en matière d’innovation, en s’appuyant, tout particulièrement aujourd’hui, sur les projets menés dans le cadre du programme Création d’un Produit Innovant. Notre ambition est de donner une vision de ce que peut être l’innovation en dehors des champs de la technologie. Ce comité se veut un lieu d’échange et de réflexion transdisciplinaire. Il se pense comme un réservoir de pensée ouvert et critique. Il véhicule des manières de voir et de penser en liens avec notre actualité.

Ses missions relayent cette ambition. Principalement, elles recouvrent une forte volonté de produire des connaissances actionnables, et pour les entreprises, et pour les équipes projets d’étudiants qui constituent les ressources actives du dispositif CPI. Ce que nous recherchons en définitive, c’est d’être source de propositions en matière de dispositifs de lecture et d’interrogation des processus d’innovation à l’œuvre, et dans les entreprises, et dans les projets CPI.

Rappelons que ce comité d’experts de l’innovation préfigure le développement d’un Observatoire de l’Innovation dont le champ d’action sera plus grand encore. 

Quels sont ses objectifs ?

La première année d’exercice (de janvier à juin 2009) s’est résumée en la construction d’une vision partagée. Nous avons conçu notre cadre de référence, c’est-à-dire ce que nous avons appelé notre posture, sur laquelle je reviendrai ultérieurement. Cette étape fut essentielle. Et nous voyons depuis notre retour aux affaires, en septembre dernier, à quel point nous pouvons, avec ambition, construire à présent.
Depuis septembre, nous avons ouvert et investi notre premier grand chantier : l’observation in situ des processus d’innovation. Nous disposons, grâce au programme CPI, d’un formidable vivier de matériaux exploitables : une douzaine d’équipes d’étudiants, autant d’entreprises, des tuteurs, des référents scientifiques, business, design, une équipe pédagogique constituée de professeurs de l’Ecole Centrale Paris, de l’ESSEC, de Strate College, d’entrepreneurs….Cela constitue un champ d’étude unique en son genre d’une richesse inestimable.
Nous avons donc entrepris d’imaginer et de déployer une méthodologie qui nous permette de suivre in situ et in vivo les étudiants en train d’innover. Sans oublier les entreprises clientes que nous interrogerons périodiquement. Il nous faut comprendre, en observant, ce qui fait qu’un individu, puis une équipe, parviennent à innover. Il y a certes des conditions structurelles qui peuvent les y conduire. Une méthode qu’ils se doivent de suivre. Mais la réussite d’un processus d’innovation ne se résume pas qu’au strict suivi de règles et de procédures. Il y a comme une magie qui s’opère. Il y a de l’extraordinaire. Certains diraient même, une certaine alchimie… de l’innovation. En somme, il nous faut mieux saisir comment des individus, unis par le même projet, parviennent à s’imprégner de ce qu’ils apprennent, à se l’approprier et réussir alors le grand saut. Changer de paradigme. Sortir du cadre. S’ouvrir au dehors. Nous sommes en prise avec une véritable problématique du passage.

Nous entendons aussi cette année valoriser et diffuser les connaissances que nous élaborons au fil de nos rencontres. Nous souhaitons publier. Nous désirons également renforcer l’efficacité des processus du dispositif CPI, lesquels produisent déjà de très bons résultats.

Quelle est donc cette posture ?

Le comité  d’experts de l’innovation est porteur de perspectives différentes sur l’innovation. Chaque membre, lors de nos premières réunions, portait un regard bien spécifique sur l’innovation. Ces différences, que nous souhaitons maintenir, existent encore, pour le bien de nos réflexions. Néanmoins, nous sommes parvenus à définir notre propre cadre de perception. Nous avons défini ce qu’innovation voulait dire, ce qu’elle impliquait, et ce qu’elle suggérait.
En quelques mots, nous entendons l’innovation comme étant un processus tourbillonnaire. L’innovation ne se résume pas à un produit ni à un service. Ce sont toutes les opérations et suites d’événements, de l’idée à sa commercialisation, qui font l’innovation.
Nous nous sommes dotés d’une définition assez large de l’innovation. L’innovation implique une transformation durable des comportements. Nous sommes donc plus proches d’une définition de l’innovation que l’on nomme radicale, qu’incrémentale. Nous avons souhaité nous écarter, par la même occasion, de considérations trop souvent économiques, pour nous ouvrir bien plus à ce qui caractérise le mieux l’innovation : le changement.

Surtout, l’innovation se doit d’être étudiée à travers ses usages. L’important, ce n’est pas ce qu’un produit ou un service permet de faire, mais ce qu’un individu en fait. Aussi, l’attention est à porter prioritairement sur les modalités d’action et les pratiques qu’un usager entretient avec un objet. La technologie, tout en étant un élément déterminant dans la réussite fonctionnelle d’un produit ou service, ne constitue pas le cœur de notre approche.

Enfin, et ce n’est pas l’une des moindres caractéristiques de l’innovation, elle est porteuse de sens. Elle s’inscrit dans une stratégie, et vise à satisfaire des attentes déjà ou non encore exprimées. Ainsi, importe-t-il de donner du sens avant de donner du signe. En ce sens, l’innovation est une composante essentielle dans la capacité des entreprises à se questionner sur leur devenir.

Cette posture fut le fruit d’échanges merveilleux avec l’ensemble des membres du comité d’experts de l’innovation que je remercie ici vivement. De nombreuses réflexions sont en cours, dont une essentielle, sur la pertinence de l’innovation, que je livrerai très prochainement.

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Ouverture de la Tribune des Experts de l’Innovation

Vendredi 23 octobre 2009 npasquet Publié dans La Tribune des Experts | Aucun commentaire »

Une tribune, à savoir un lieu d’où s’élever pour mieux voir et comprendre ce qu’innovation veut dire : voici ce que propose cette rubrique dans laquelle vous retrouverez chaque mois, rédigés principalement par les membres du comité d’experts de l’innovation, des billets d’humeur, des articles de fond, des essais, des interviews, des coups de cœur ou de gueule sur l’actualité de l’innovation à travers le monde.
Belle lecture à vous tous !
Nicolas Pasquet
Responsable du comité d’experts de l’innovation

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